Questions et réponses
Requiem pour un poisson
Pourquoi le cœlacanthe?
Grâce à un spécialiste de la question, j'ai fait de la recherche pendant plusieurs années sur un sujet en relation avec le cœlacanthe. Ce poisson "grand-oncle de l'Homme" m'a vraiment subjuguée... et il me subjugue encore.
Pourquoi faire parler le poisson?
Par désir d'empathie probablement. Même si, au final, cette empathie tourne sans doute à l'anthropomorphisme.
Qu'est-ce qui est vrai, qu'est ce qui est faux?
L'histoire de la découverte du poisson est vraie mais je l'ai, par moment, considérablement déformée. Les faits réels sont résumés en quelques pages à la fin du roman. Ceci dit, je me suis promis que plus jamais je n'utiliserais de cette façon autant de personnages ayant existé.
Noir Austral
Pourquoi l'Australie?
Ce pays m'est cher. J'y ai passé beaucoup de temps, j'y ai de la famille et des amis, je m’y sens bien. Pourtant, je n’y suis qu’une étrangère. C’est pourquoi, même si la première partie de la saga aborigène fut à la fois très longue et difficile à écrire, de par toutes les vérifications que j’effectuais à chaque instant, en même temps, ce fut un bonheur d’écriture absolu. En revanche, la seconde, relative aux enfants volés fut abominable à réaliser. Un véritable « tord-trippes ».
Pourquoi les générations volées?
En 1997, comme beaucoup de monde, j'ai été révoltée par les révélations du rapport "Bringing them home" (Ramenez les à la maison), qui raconte l'histoire des générations volées. Le choc de la transformation d'un Eden imaginaire en un enfer pour ceux qui ont toujours (ou presque) vécu sur cette terre, dans le roman, c'est Liz qui le vit, ce sont les descendants de Namoora qui le vivent. De plus, scientifiquement parlant, le rapport des Aborigènes australiens à la nature me fascine... je ne suis pas la seule.
Web mortem
Pourquoi les langues disparues?
Mon travail touche en partie à la question des informations et connaissances, notamment tacites. Les mystères du langage, de certaines transmissions héréditaires et/ou culturelles, mais aussi des aberrations que des individus ou des sociétés peuvent échafauder sur les hypothèses scientifiques afférentes, sont des problématiques qui m'intéressent énormément (c'était d'ailleurs déjà présent dans Requiem pour un poisson et Noir austral). Je suis un jour tombée sur une série d'articles qui parlaient de la langue-mère. J'étais à ce moment en train de travailler sur une toute autre idée de roman. Mais, de par certaines circonstances, j'ai changé de direction. En fait, ce fut un travail initial de documentation-défrichage énorme car je n'avais jamais vraiment creusé le sujet.
Pourquoi un jeu vidéo en ligne?
Il me paraissait essentiel de faire passer différemment l'alternance passé-présent que j'avais utilisée dans les premiers romans. De plus, l'évolution des distances que l'écran apporte, aussi bien sur le plan technologique que socio-économique et culturel, m'intriguait également. Et ce fut un sacré défi. La partie purement "Mésopotamie" prenait presque le tiers du roman dans la toute première version, le style en était complètement différent. Pour le jeu, je l'ai réduite et réécrite au moins vingt fois et j'ai tenté d'adapter le style de la narration alentour.
Le choc fut cependant lorsque, 5 mois après la sortie du livre, au British Museum, je me suis aperçu que, aux pieds des colossales statues qui gardaient autrefois l'entrée du palais de Sennacherib (ancienne Mésopotamie), il y avait (bien mis en évidence!) un "graffiti"... en fait un jeu des vingt carrés, probablement gravé là il y a plus de deux mille ans. Et pour couronner le tout, en consultant par la suite le site internet du British Museum, j'ai vu un exemple du véritable jeu des vingt carrés... à jouer en ligne! J'ai d'abord pensé que mes recherches documentaires n'avaient pas été suffisamment poussées... puis j'ai positivé en me disant que mon idée devait donc être plutôt bonne!
Pourquoi un vrai "thriller"?
Je voulais essayer de construire une "mécanique" d'histoire qui ne soit pas simplement axée autour de l'histoire scientifique. Je ne sais pas si le résultat est un "vrai thriller" mais toujours est-il que, si j'en ai bavé, je me suis aussi amusée.
Pourquoi uniquement dans des pays anglo-saxons?
A l’origine, l’intrigue se déroulait entre la France et les Etats-Unis. Mais pour un certain nombre de raisons, en commençant l’écriture proprement dite, j’ai préféré situer le début de l’histoire en Ecosse, dans une ville que je connais. De plus, à ce moment, mes deux premiers romans étaient déjà en circulation, et j’étais en train de comprendre qu’il me serait beaucoup plus facile de continuer à "vampiriser" de "vrais" gens pour construire mes personnages si ces derniers étaient anglo-saxons. Leurs "originaux" se reconnaîtraient (ou seraient reconnus) ainsi beaucoup moins facilement.
Pourquoi les titres musicaux ?
La musique m'est indispensable et je travaille le plus souvent avec un fond musical, plus ou moins adapté au rythme de ce qui est en cours. L'un des personnages est dans le même cas… et cela transparaît dans l’écriture.
En général
Combien de temps pour écrire un livre de ce type?
18 à 20 mois. 1/3 documentation, 1/3 construction, déconstruction, reconstruction de l'histoire et des personnages, 1/3 écriture, réécriture, élagage (la version initiale de Requiem pour un poisson faisait 800 pages, la version finale en fait environ 500...), réécriture.
Pourquoi les sciences et le polar (ou le thriller)?
J'adore les sciences. Elles m'occupent positivement le cerveau et ce, même si (ou parce que !) je ne réussis pas à me focaliser sur un seul sujet. En sus, pour moi, la science relève de l'enquête permanente: suivre une piste, relever des indices, trouver des preuves, résoudre un mystère. J'ai face aux sciences la même approche que face à un roman d'Agatha Christie ou de Harlan Coben...
Quels repérages?
Beaucoup de photos, beaucoup de notes, c'est vrai. Mais en même temps, ce qui est amusant, c'est que les lecteurs me disent souvent, à propos de certains passages "on voit que vous y avez été". Or, en général, ils citent précisément les quelques endroits que je décris sans y avoir jamais mis les pieds. Et ils sont souvent persuadés que j'ai inventé des lieux que je connais au contraire parfaitement. De quoi vous dégoûter de faire tous ces repérages!