Web mortem, Published 2009

St Andrew in Scotland is the scene of several horrible murders. All the victims are people from the Middle East and without any legal paper. The local police officer would not really care if a third body was not discovered. The body of the current mistress of a young and brilliant University dean, Hammond Mac Leod.

Dr MacLeod does not seem to have had any reason to get rid of the beautiful woman he was sleeping with, let alone to mutilate her so horribly. No reason, really? Then, why does he spend so much time on this online game? Why does he refuse to answer to the investigators? Why does he run away to New York, helped by Willow Owen, a young American reporter? Does he himself really know?

Hammond realizes that a killer is hiding behind the internet. He realizes that he has to delve into the online game if he wants to be cleared. But the game is going dangerously deep into Mesopotamia's darkest and oldest history, asking to online players to designate the next victim.

And soon, Hammond and Willow are trapped in the web, in a landscape of ancient languages, in a vortex of destructive passions...

 

Extracts

 

Wednesday 14:45 (UTC-5)


The nightmare was here, inside of him, outside of him. He was able to hear his own screams echoing from the depths of an abyss. Yelling. Screaming. But nobody could hear him. Nobody would hear him again, never. Now, his only companions were those repugnant worms which squirmed beside him.

His body awoke, shivering.

His mind came out of darkness, vacillating.

Hammond looked around him. Perhaps he should have stay immersed in his dream, far from this infamous hole.

He tried to rise. But his arms were pulled back by the handcuffs, which were welding his wrists to the old radiator, irradiating a sharp pain in his already stiff and sore neck.

He closed his eyes, opened them immediately again, looked up.

A tiny window. A glowing light, which fell from the bulb hanging from the ceiling tiles, drowning him into a halo of purple and black, highlighting what was around him. Almost nothing. An old bucket placed against the wall, exhaling a faint acrid smell. Some dusty jars, stacked on the top of a metal shelf. The old radiator to which he was attached. The remains of a sink, abandoned on the floor, next to a metal door. Closed. Probably locked. And not a sound. Only the dripping of a liquid filtering from one of the jars into the bucket.

Hammond felt his throat tighten. He was going to die. And he knew how. Panic overwhelmed him.

He stood up, pushed himself forward.

Fucking pipe.

It had to break. But the handcuffs scrapped the pipe, suddenly bringing back the prisoner, tearing the muscles of his shoulders and arms, the skin of his wrists.

Hammond fell back against the wall, trying to control his urge to scream.

Count.

He had to count.

The legs of the beasts. Or something else.

He took a deep breath, looked down toward the swarming worms. They were approaching the metal container. Hammond saw what was inside, what was attracting them.

He blinked. He had never seen this kind of worms. The rear of their bodies had a tiny tail on, which stretched and retracted at will depending on the position of the animal, as if it was telescopic. And that obviously contributed to the propulsion of the whole.

A first creature came in the bucket, passed the edge without difficulty. Fell inside.

One by one his congeners followed. But today, Hammond’s scientific curiosity was gone. He did not wish to observe them in the liquid. Anyway, from where he was, it was impossible. So he began to review mentally all the professors of the zoology’s department. Who might perorate for ten minutes on this filthy larva?

Small soft creeping thing, cylindrical and elongated, smoothly fitted with a body without limbs, without vertebrae...

Then, through the veil of purple light, he saw him, shivered. The handcuffs plunged further into his bruised wrists.

Black shadow. Blue eyes. Very pale in the hood of coal.

The game master.

 

14: 59


There.

The last player was there.

Number Eight, alias Number Seven, alias...

At his mercy.

En attendant, quelques lignes supplémentaires du premier chapitre :

... Ce que les adultes savent pas, c’est que les singes pensent que c’est eux, les hommes, qui feraient mieux d’avoir des poils sur le front. Comme ça, leurs neurones du devant gèleraient pas. Et peut-être qu’ils arrêteraient de discuter de la bombe atomique et de la physique quantique.

Maman s’intéresse pas à la bombe atomique. Mais la physique quantique, elle adore. Ça doit être pour ça qu’elle s’épile les trois poils qui poussent tout le temps entre ses sourcils. Pour empêcher ses neurones de geler. L’embêtant, c’est qu’elle est myope. Du coup, pour voir ce qu’elle fait, elle colle son nez sur la glace au-dessus du lavabo, elle ouvre les yeux super grands (pareil que si elle voulait voir à travers le mur), elle tire méga-fort sur le poil. Et sa bouche part sur le côté.

C’est sûr que ça doit faire mal. Mais vu que ça peut aussi faire splotch, moi, je recule. Un splotch de poil, on peut jamais savoir comment ça va finir. En plus, j’ai pas envie que maman me cherche des poils-de-front au-dessus de mes sourcils-de-l'œil. D’abord, je veux pas avoir mal. Et puis des poils-de-front, je suis sûr que j’en ai pas vu que je lui ressemble pas du tout. A maman.

Déjà, je suis pas grand pour mon âge. Ça, c’est pas moi qui le dis, c’est le médecin. Et un médecin, c’est pas seulement un docteur, vu que des docteurs, il y en a des tas. Maman aussi est docteur. Seulement elle, c’est en maths. Et ça se voit. Rien que pour me mettre un suppositoire, elle doit d’abord prendre une pilule qui calme. Même que je me demande comment elle a fait pour me fabriquer avec papa si elle a jamais voulu voir son derrière.

Parce que moi, je sais comment ça se passe, la fabrication des bébés. Je vais pas l’expliquer maintenant vu que ça serait trop long. En plus, je connais pas encore tous les détails. Evidemment, j'ai lu les livres que maman a sur le sexe. Mais je les ai pas appris par cœur. Toute façon, j’aurai pas le droit de fabriquer un bébé tout de suite. Alors que la maîtresse a dit qu’on avait intérêt à toujours savoir nos leçons et nos récitations.

En attendant, dans le sexe, c’est vrai qu’il y a des mots qui m’intéressent. D’ailleurs, j’ai recopié les plus sympas à la fin de mon carnet-à-mots, avec ceux que j’aimais déjà parce qu’ils sont difficiles ou jolis. Genre libellule, qui roule vert-transparent dans le soleil. Un peu comme ovule, qui est beaucoup plus mignon que spermatozoïde mais moins intéressant dans les lettres. L’embêtant, c’est que je venais de recopier ces deux là quand maman est entrée et m'a repris le livre que je lisais. C’est-bien-la-peine-que-j’interdise-à-ton-père-de-t’offrir-une-saloperie-d’iPhone-si-tu-voles-dans-ma-bibliothèque, elle a dit en me tapant sur la tête. Heureusement, je me suis reculé. Et vu que je suis vraiment petit, elle m’a raté.

Maman pense jamais que je suis si petit. Ça doit être normal parce que même moi, j’oublie. Il y a que quand je me vois dans une fenêtre à côté de Mathias ou Théophile, mes copains de ma classe, que je me souviens. Et même si je me redis que j’ai sauté des classes, donc Mathias et Théophile sont plus vieux que moi, c’est énervant.

C’est aussi pour ça que je me mets devant la glace seulement les fois que je suis tout seul à la maison. Au moins, quand il y a personne de grand à côté de moi, je pense pas à mesurer. Donc je peux me regarder pour de vrai. Là, je vois bien que je lui ressemble pas, à maman. Et c'est tant mieux. J'ai les cheveux blonds de papa et ses yeux aussi. Pas verts et pas bleus non plus. Mais un peu des deux. Les copines de maman disent que je suis mignon. Il y a que maman qui dit il-est-fade. Je l’ai entendue une fois pendant qu’elle parlait avec son père-mon-grand-père. Mon-fils-est-fade, elle a répété. Et puis elle a dit c’est-trop-affreux. C’est-le-portrait-de-son-père.

Ce jour-là, je me suis forcé à penser que je m’en fichais. Maintenant, vu que je me suis entraîné, je m’en fiche pour de vrai. Toute façon, je préfère ressembler à papa. Même que des fois, je me demande pourquoi il a eu envie de faire un bébé avec maman (au temps où elle était pas encore ma mère évidemment). Je serais grand, j’aurais pas envie. Mais peut-être qu’il y a des choses que je comprends pas dans le sexe des adultes. Vu que j’ai pas lu tous les livres que maman a lus.

Pourtant, dans ma chambre, puisque j’ai pas le droit d’avoir de télévision-mange-intelligence ni d’ordinateur-tue-neurones (comme dit maman), les livres, ils prennent toute la place sur mes étagères. Du coup, on voit presque plus les murs derrière. Ça me fait pareil que si j’avais une deuxième peau en papier pour me protéger. Encore plus quand le papier raconte des histoires qui font oublier. Alors je relis tout le temps les livres de Roald-Dahl parce qu’ils sont trop marrants (surtout Matilda qui est la petite fille trop intelligente dans sa famille). Et j’adore les Jack-London vu qu’eux, ils me font vraiment rêver. Il y a Belliou-la-fumée, L’appel-de-la-forêt. Et Croc-Blanc. Celui-là, j’ai qu’à le toucher pour voir la forêt du Grand-Nord, la glace, les chiens qui courent dessus. Et le traîneau qui glisse.

Souvent, maman me crie après. Même que c’est plus facile de compter les fois qu’elle est un peu gentille et pas énervée que les fois où elle-pète-un-plomb (comme dit Mathias). Sauf que Mathias, c’est son père qui pète-un-plomb. Mais pas souvent comparé à maman. Donc quand ça arrive, je me sauve dans ma chambre, je pose Croc-Blanc sur ma joue, je ferme les yeux. Et je respire méga-fort pour être dans la forêt avec les loups. Après, ça va mieux. Mon cœur résonne moins, j'ai moins envie de vomir. Parce que maman aime pas quand je vomis.

C'est vrai qu'une fois, j'ai mis mon petit déjeuner avec les céréales que je déteste (même si elles-sont-bonnes-pour-la-santé) sur son tailleur noir (qui-vaut-une-fortune). Petit-monstre, si-je-réussis-à-le-récupérer, ça-tiendra-du-miracle (elle a dit). A-ton-âge, tu-devrais-quand-même-pourvoir-te-contrôler. En même temps, c’est pas ma faute à moi si mon cœur tape trop à l’intérieur. Et encore plus quand maman a beaucoup crié et qu’après, elle vient m'embrasser tout-mouillé sur la figure (pareil que si j’étais tout d’un coup la seule personne de sa vie). Elle a même de la chance que ça m'arrive pas plus souvent. De vomir.

Son tailleur noir à maman, il est pas beau toute façon. En plus, elle l'a mis pour l'enterrement du bébé. Moi, je dis quelle-idée. Mettre des habits de mort dans la vie quand la tristesse est en train de passer. Et puis si je vomis encore, maman me renverra dans ma chambre. Donc c’est pas grave, parce que c’est seulement là dans l'appartement que je me sens un peu bien. Vu qu’en plus de sentir le vieux livre, ma chambre sent un peu le chien. Aussi.

L’odeur de chien, elle vient de Bismuth. Et Bismuth, il vit avec papa. Donc c’est pareil, je le vois que le week-end. Mais quand il joue avec moi, il bave toujours sur mon t-shirt (Bismuth, pas papa). Du coup, quand je reviens à Paris, je le cache (le t-shirt, pas Bismuth) sous mon matelas ou derrière des livres sur mon étagère ou sous mes caleçons dans le tiroir de ma commode. Et je change souvent de cachette pour pas que maman le trouve vu qu’elle le jettera comme elle a déjà fait.

Maman comprend pas pourquoi je veux dormir avec l'odeur de Bismuth, tout pareil que s’il était là près de moi avec son museau contre mon bras. Mais Bismuth, quand il me fonce dessus, c’est pas pour me crier après ou pour me faire faire des x et des y. Bismuth, il m’aime. Donc forcément, je l’aime aussi. Même que, quand je sens son odeur et qu’il est pas là, mon cœur gonfle dans ma gorge tellement fort qu'il écrase tout dans ma tête, jusqu'à mes yeux qui se pressent pour sortir. Et alors, ça fait des larmes.

Tout le monde dit que le cœur est pas dans la gorge mais plus bas, au-dessus des boyaux et du sac-à-manger qui s’appelle l’estomac. Et il y a pas que le monde qui le dit. C’est aussi marqué dans le dictionnaire médical que le père-de-maman lit tout le temps pour savoir s’il a le cancer ou le cœur qui éclate ou la tête qui perd son cerveau. Donc c’est sûrement vrai.

L’ennuyant, c’est qu’il est abominable, le dictionnaire médical. C’est vrai que le mot abominable, je l’aime bien. Même que je l’ai recopié déjà dix fois dans mon carnet-à-mots. Mais quand je le dis tout doucement, du genre a-bo-mi-na-ble, je vois les boyaux qui sortent violets et troués et dégoulinants de partout. Pareil que sur les pages du dictionnaire. Du coup, je prends les pages par les tout petits coins, pour pas toucher les photos où il y a masses de croûtes, de pus, de furoncles, et d'autres trucs dégoûtants. En même temps, maman m’empêche pas de le lire comme pour les livres sur le sexe. Elle dit c’est-bien-tu-t’instruis. De-toute-manière, tu-dois-savoir-que-la-maladie-existe-ainsi-que-la-mort. Comme si je le savais pas déjà qu’il y a des gens qui tirent sur les autres, et des bombes qui explosent partout. En plus de ceux qui meurent sans prévenir. C’est pour ça que le dictionnaire médical, je le regarde surtout pour les mots bizarres ou marrants que je recopie dans mon carnet-à-mots.

Ça n’empêche que hier soir, avant d’aller me brosser mes dents, j'ai vu que le cœur était pas dans la gorge, mais à la moitié du chemin entre la tête et le zizi. Et là moi je dis, il-y-a-un-truc-pas-très-normal. Maman dit tout le temps que le plus important chez un être humain, c'est le cerveau. Mais alors, pourquoi le cœur est pas plus haut près de la tête pour lui envoyer tout son sang, plutôt que d’en envoyer des masses au zizi ? C'est vrai qu'en dessous plus bas, il y a les jambes. Pourtant, le sang, quand il arrive aux pieds, il s'en va pas. Donc il faut bien qu'il remonte. Et quand il remonte pour aller au cerveau, il est obligé de passer par le zizi.

Et ça me fait drôlement rigoler de savoir que même le-père-de-maman, il a du sang-de-zizi dans le cerveau…

L'équation du chat (Ed. Liana Levi, Le Cercle Points), Web mortem (Ed. Albin Michel), Noir Austral (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Touring club (It)), Requiem pour un poisson (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Effemme (It), Alpha books (China))