L'équation du chat

« Coopération ? Vous avez dit coopération ? Si, si, je vous assure, c'est l'objet de cette réunion de sommités un jour férié. Sauf que les ego surdimensionnés s’accommodent mal du partage et que la peur de céder un pouce de notoriété ou le fait de composer avec les idées des autres sont très difficilement supportables pour ces génies surexcités par l'enjeu. Et puis il y a le sexisme de base, le mépris des femmes, encore plus marqué pour celles aussi brillantes, voire plus qu'eux. Bref, l'accord est loin d'être une promenade de santé, la journée sera peut-être bien trop courte pour résoudre tous les désaccords. Surtout qu'il y a l'épineuse question de Laurel Brunner et des ses particules aux comportements étranges, qui peuvent être ondes ou matières, qui surprennent toujours et laissent dubitatif quand à l'exploitation possible de leurs propriétés.

Vous l'aurez compris, ce polar enquête sur la matière dans ce qu'elle a de plus intime, l'infiniment petit et ses fascinantes propriétés. Avec des allégories simples, Christine Adamo reprend l'histoire de la physique quantique depuis son origine jusqu'à nos jours, ses paradoxes, ses énigmes et ses explications sont limpides. J'ai eu l'impression de maîtriser un sujet qui m'est en très grande part tout à fait étranger. Les échanges d'énergie, les convergences constructives ou destructives, les particularités de la lumière, tout est évoqué et mêlé à l'intrigue.

Parce qu'il y a intrigue, n'oublions pas que nous sommes dans un polar. Il enquête donc également du côté des hommes qui s'agitent tels des particules, sans avoir plus parfois de sens et de compréhension possible, semblant trouver une cohérence pour aussitôt la renier. Finalement, les lois de la physique s'appliquent également à tout ce petit monde, les collisions s'enchaînent et les résultats sont souvent étranges. Seule Martha, accompagnée son ami Bob, à l'abri du monde, fiévreux dans l'étude mais hors du combat, tente de mettre en ordre toutes les informations glanées sur internet. Elle y mêle poésie et musique, trouve des ponts où il est impensable d'en voir, c'est une artiste.

C. Adamo nous fait toucher un univers abscons par le biais d'un suspense permanent, d'images judicieuses et de personnages, qui pour être loin de notre quotidien, nous ressemblent diablement. Une écriture recherchée, simple mais visant juste, et un style qui manie humour, poésie parfois, et codes du suspense fait de L'Équation du Chat l'OVNI de cette rentrée. Un polar, oui, mais édifiant et passionnant. »

https://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-l-quation-du-chat-de-christine-adamo-1444237768

 et https://quatresansquatre.com/article/polar-chaos-1-l-quation-du-chat-1448193851 (Polar Chaos / Un livre Un jour - Fr3 TV) ou soundcloud.com/unlivreunjour/lequation-du-chat-de-christine-adamo-paru-chez-liana-levi

« Le livre de C. Adamo appartient à cette catégorie d'écrit qui ne saurait être résumé (…).La seule certitude, c'est qu'un (…) cours de physique quantique vous est assené sur le coin du minois et que, plus vous avancez, plus vous vous noyez dans la Cam (rivière qui a donne son nom à la ville universitaire de Cambridge) où (...) flotte un corps féminin (...) non identifié. (…)

Ce roman est également (...) un inextricable et passionnant roman policier. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'intrigue commence entre une brutale Saint Sylvestre et un laborieux premier janvier. Rien d'ailleurs n'est hasard dans ce livre. Que vient faire le chat au cœur de cet embrouillamini ? Là encore, bien difficile de parler sans dévoiler beaucoup trop tôt l'une des composantes majeures du récit. Sachez simplement que les petits félidés de la bibliothécaire disparaissent comme par magie et que leur disparition est bien entendu directement liée a l'intrigue policière Dire que le lourd climat qui, des les premières pages, envahit l'espace, que le très habile croisement des aventures individuelles - matérialisées par la multiplicité des voix - compliquent et éclairent a la fois, paradoxalement, la vision que peut avoir le lecteur attentif de ce microcosme ahurissant et policé dans lequel évoluent de fortes personnalités hors du commun, est clause de style. II nous est signalé que l'auteur a été « enseignant-chercheur dans la gestion de l'information environnementale » (et qu'elle est) coupable de trois autres romans où la science est toujours présente (« Requiem pour un poisson » et « Noir austral », chez Liana Levi, « Web mortem », chez Albin Michel, (…). On peut imaginer qu'elle a mis beaucoup d'elle-même dans certains de ses personnages. (…) J'en ai trop dit. Régalez-vous. » Jacques Lovichi

La Marseillaise, « Un plaisant cours de physique quantique », 18 octobre 2015

« L'équation du Chat » de C. Adamo (@cadamo3) est un polar scientifique à l'écriture haletante. Une langue remarquablement bien maniée nous plonge dans l'univers de la recherche dans un roman écrit comme une superposition quantique. Cadencé sur une seule journée, le récit, ciselé, nous dévoile les subtilités de ce thriller dans une mécanique ondulatoire prenante. Tel un engrenage, ce roman a une pertinence scientifique parfaite et aborde de façon pédagogique des concepts physiques complexes. En bref, littérature et physique quantique s'allient à la perfection dans une trame de thriller. À lire, un chat vivant ou mort sur les genoux.»

https://cosmologif.com/2015/11/23/biblio-lequation-du-chat-de-c-adamo/

« Nous baladant entre les personnages et les époques, nous donnant un cours de physique quantique tout en nous plongeant dans une sombre enquête policière, l’auteure est une virtuose ! Un très bon polar mêlant la science, les chats mais aussi l’histoire avec un petit h et un grand ! Une bonne découverte ! »

lalibrairiedeletizia.wordpress.com/2015/11/08/lequation-du-chat-christine-adamo/

« Si l’intrigue suit fidèlement les règles du genre policier (...), le roman ne manque pas de piquant, surtout lorsqu’il s’agit de contourner les difficultés d’un discours scientifique peu familier au commun des mortels. (...) En même temps, le discours dégage une humanité à la mesure de ces êtres qui portent, chacun à sa manière et avec une intensité souvent inattendue, des secrets et des blessures bien profonds (...). Le roman impressionne par son style. De manière encore plus attentive et approfondie, C. Adamo (...) accorde une attention particulière à la construction de son récit, surtout lorsqu’il s’agit du rapport à la réalité de ses personnages, en navigant avec aisance entre monde extérieur et intérieur, entre présent et passé, entre avouable et inavouable, sans parler de la parfaite maîtrise de la langue, y compris lorsque celle-ci est soumise à l’épreuve de la démonstration scientifique. » Dan Burcea 

https://salon-litteraire.com/fr/interviews/content/1939701-interview-christine-adamo-il-est-vrai-que-les-gens-sans-histoire-aux-vies-sans-remous-ne-m-interessent-guere

« La nuit, tous les chats sont morts. 

Même si peu de gens comprennent ce que signifie la physique quantique et ses implications dans notre vie quotidienne, beaucoup plus de personnes ont entendu parler du chat de Schrödinger, sans forcément en connaitre l'exacte définition. Lorsque ce roman de Christine Adamo débute, deux groupes de scientifiques britanniques sont en pleine bagarre pour obtenir des subventions qui vont déterminer leurs futures années : certains penchent pour lancer un ordinateur moléculaire et d'autres pour un ordinateur quantique afin de s'allier à un autre laboratoire en Écosse. Hammond responsable du projet moléculaire s'inquiète et demande à son assistante, malgré qu'on soit le Jour de l'An, de chercher toutes les informations nécessaires sur le projet concurrent. Cela va déboucher sur des intrigues en parallèle. Nous allons en effet suivre les tentatives de l'assistante, entre un repas de Nouvel An et l'aide au travail de sa famille restauratrice pour comprendre et assimiler en une journée la physique quantique, mais nous allons également découvrir les joutes verbales puis les bagarres physiques entre les trois responsables de projet. Le tout débouchera en milieu de journée en un pugilat alors qu'à quelques mètres des plongeurs tentent de sortir de l'eau le corps d'une femme (et cela se fera dans d'horribles circonstances). De façon très lointaine, cette femme est, elle aussi, liée à l'histoire de la physique quantique...

De fait, dans la théorie quantique, pour simplifier, il est impossible de définir un objet par sa position car le fait de l'observer le transforme et donc rend impossible de le définir "réellement". Cela a été symbolisé par un chat qui se trouve dans une boîte : en ouvrant la boîte, on peut déclencher sa mort. Dans la boîte il est soit vivant soit mort. En théorie quantique, il est vivant et mort à la fois, et le fait d'ouvrir la boîte fige une seule solution. Ce n'est pas un hasard si les plongeurs découvriront d'ailleurs des corps de chats morts à proximité de l'endroit où a été retrouvé celui de la noyée. L'Equation Du Chat est un roman qui emprunte aussi sa structure à l'univers quantique. En effet, si l'on observe un crime, on transforme l'expérience et l'on ne peut retrouver son meurtrier. L'enquête policière se décale vers une enquête scientifique, c'est-à-dire la longue description passionnante et expliquée avec des exemples simples de la "fabrication" de la théorie quantique. C'est cet aspect plus particulièrement qui peut être à même de séduire le lecteur. Mais le roman a un second point d'ancrage : sa description des mécanismes annexes de la science ou comment obtenir des subventions et comment promouvoir sa propre unité de recherche. À travers la course des savants pour boucler leurs projets, dont on sent à la fois le caractère crucial et peut-être l'aspect fantasmatique, se décrit une comédie humaine comme chez les universitaires de Lodge, entre envies scientifiques, pulsions sexuelles, relations dominants-dominés et petits conforts personnels.

Même s'il existe une réponse au final et que l'on comprend qui est le tueur et même ses motivations psychanalytiques, L'Equation Du Chat  ressemble à un félin qui retombe toujours sur ses pattes et sait louvoyer : le meurtre, sa découverte et sa résolution sont autant de signes discrets, de petits coups de griffe à l'intérieur d'une histoire qui raconte habilement autre chose.  » Laurent Greusard

www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=4630

« L'équation du chat, une énigme quantique à la mécanique bien huilée.

Pourquoi ce livre ? Parce qu'on rencontre un panel de personnages très variés qui vont se croiser au cours de l'histoire. Pour la (re)découverte de la mécanique quantique grâce à des exemples très imagés et accessibles à tous. Parce que l'action se déroule en une seule journée à laquelle se mêlent des flash-backs de 80 ans dans le passé : le rythme de l'histoire en devient très intéressant.

L'essentiel en 2 minutes. L'intrigue. Pendant que les chats de la bibliothécaire de l'université de Cambridge disparaissent les uns après les autres, un corps est repêché dans la rivière Cam et un chercheur va peut-être perdre un financement important... Les personnages. Hammond McLeod et Noreen : chercheurs spécialisés dans la problématique de l'ordinateur moléculaire. Martha : assistante d'Hammond ne supportant plus sa belle-famille. Laurel Brunner : chercheuse dans le domaine de la mécanique quantique. Eugen : enfant vivant dans les années 30. Les lieux. Cambridge et ses alentours. L'époque. Nouvel An et flash-back dans les années 1930. »

https://www.20minutes.fr/livres/2086183-20170615-equation-chat-enigme-quantique-mecanique-bien-huilee

« L’équation du chat… (...) Un vrai bon thriller angoissant, avec un suspens bien mené, des personnages avec des personnalités fortes, profondes et complexes. Un vrai puzzle qui ne se met en place qu’à la fin… donc nous tient en haleine. »

https://mapassionleslivres.wordpress.com/2015/10/04/lequation-du-chat-de-christine-adamo/

 

En attendant, quelques lignes supplémentaires du premier chapitre :

... Ce que les adultes savent pas, c’est que les singes pensent que c’est eux, les hommes, qui feraient mieux d’avoir des poils sur le front. Comme ça, leurs neurones du devant gèleraient pas. Et peut-être qu’ils arrêteraient de discuter de la bombe atomique et de la physique quantique.

Maman s’intéresse pas à la bombe atomique. Mais la physique quantique, elle adore. Ça doit être pour ça qu’elle s’épile les trois poils qui poussent tout le temps entre ses sourcils. Pour empêcher ses neurones de geler. L’embêtant, c’est qu’elle est myope. Du coup, pour voir ce qu’elle fait, elle colle son nez sur la glace au-dessus du lavabo, elle ouvre les yeux super grands (pareil que si elle voulait voir à travers le mur), elle tire méga-fort sur le poil. Et sa bouche part sur le côté.

C’est sûr que ça doit faire mal. Mais vu que ça peut aussi faire splotch, moi, je recule. Un splotch de poil, on peut jamais savoir comment ça va finir. En plus, j’ai pas envie que maman me cherche des poils-de-front au-dessus de mes sourcils-de-l'œil. D’abord, je veux pas avoir mal. Et puis des poils-de-front, je suis sûr que j’en ai pas vu que je lui ressemble pas du tout. A maman.

Déjà, je suis pas grand pour mon âge. Ça, c’est pas moi qui le dis, c’est le médecin. Et un médecin, c’est pas seulement un docteur, vu que des docteurs, il y en a des tas. Maman aussi est docteur. Seulement elle, c’est en maths. Et ça se voit. Rien que pour me mettre un suppositoire, elle doit d’abord prendre une pilule qui calme. Même que je me demande comment elle a fait pour me fabriquer avec papa si elle a jamais voulu voir son derrière.

Parce que moi, je sais comment ça se passe, la fabrication des bébés. Je vais pas l’expliquer maintenant vu que ça serait trop long. En plus, je connais pas encore tous les détails. Evidemment, j'ai lu les livres que maman a sur le sexe. Mais je les ai pas appris par cœur. Toute façon, j’aurai pas le droit de fabriquer un bébé tout de suite. Alors que la maîtresse a dit qu’on avait intérêt à toujours savoir nos leçons et nos récitations.

En attendant, dans le sexe, c’est vrai qu’il y a des mots qui m’intéressent. D’ailleurs, j’ai recopié les plus sympas à la fin de mon carnet-à-mots, avec ceux que j’aimais déjà parce qu’ils sont difficiles ou jolis. Genre libellule, qui roule vert-transparent dans le soleil. Un peu comme ovule, qui est beaucoup plus mignon que spermatozoïde mais moins intéressant dans les lettres. L’embêtant, c’est que je venais de recopier ces deux là quand maman est entrée et m'a repris le livre que je lisais. C’est-bien-la-peine-que-j’interdise-à-ton-père-de-t’offrir-une-saloperie-d’iPhone-si-tu-voles-dans-ma-bibliothèque, elle a dit en me tapant sur la tête. Heureusement, je me suis reculé. Et vu que je suis vraiment petit, elle m’a raté.

Maman pense jamais que je suis si petit. Ça doit être normal parce que même moi, j’oublie. Il y a que quand je me vois dans une fenêtre à côté de Mathias ou Théophile, mes copains de ma classe, que je me souviens. Et même si je me redis que j’ai sauté des classes, donc Mathias et Théophile sont plus vieux que moi, c’est énervant.

C’est aussi pour ça que je me mets devant la glace seulement les fois que je suis tout seul à la maison. Au moins, quand il y a personne de grand à côté de moi, je pense pas à mesurer. Donc je peux me regarder pour de vrai. Là, je vois bien que je lui ressemble pas, à maman. Et c'est tant mieux. J'ai les cheveux blonds de papa et ses yeux aussi. Pas verts et pas bleus non plus. Mais un peu des deux. Les copines de maman disent que je suis mignon. Il y a que maman qui dit il-est-fade. Je l’ai entendue une fois pendant qu’elle parlait avec son père-mon-grand-père. Mon-fils-est-fade, elle a répété. Et puis elle a dit c’est-trop-affreux. C’est-le-portrait-de-son-père.

Ce jour-là, je me suis forcé à penser que je m’en fichais. Maintenant, vu que je me suis entraîné, je m’en fiche pour de vrai. Toute façon, je préfère ressembler à papa. Même que des fois, je me demande pourquoi il a eu envie de faire un bébé avec maman (au temps où elle était pas encore ma mère évidemment). Je serais grand, j’aurais pas envie. Mais peut-être qu’il y a des choses que je comprends pas dans le sexe des adultes. Vu que j’ai pas lu tous les livres que maman a lus.

Pourtant, dans ma chambre, puisque j’ai pas le droit d’avoir de télévision-mange-intelligence ni d’ordinateur-tue-neurones (comme dit maman), les livres, ils prennent toute la place sur mes étagères. Du coup, on voit presque plus les murs derrière. Ça me fait pareil que si j’avais une deuxième peau en papier pour me protéger. Encore plus quand le papier raconte des histoires qui font oublier. Alors je relis tout le temps les livres de Roald-Dahl parce qu’ils sont trop marrants (surtout Matilda qui est la petite fille trop intelligente dans sa famille). Et j’adore les Jack-London vu qu’eux, ils me font vraiment rêver. Il y a Belliou-la-fumée, L’appel-de-la-forêt. Et Croc-Blanc. Celui-là, j’ai qu’à le toucher pour voir la forêt du Grand-Nord, la glace, les chiens qui courent dessus. Et le traîneau qui glisse.

Souvent, maman me crie après. Même que c’est plus facile de compter les fois qu’elle est un peu gentille et pas énervée que les fois où elle-pète-un-plomb (comme dit Mathias). Sauf que Mathias, c’est son père qui pète-un-plomb. Mais pas souvent comparé à maman. Donc quand ça arrive, je me sauve dans ma chambre, je pose Croc-Blanc sur ma joue, je ferme les yeux. Et je respire méga-fort pour être dans la forêt avec les loups. Après, ça va mieux. Mon cœur résonne moins, j'ai moins envie de vomir. Parce que maman aime pas quand je vomis.

C'est vrai qu'une fois, j'ai mis mon petit déjeuner avec les céréales que je déteste (même si elles-sont-bonnes-pour-la-santé) sur son tailleur noir (qui-vaut-une-fortune). Petit-monstre, si-je-réussis-à-le-récupérer, ça-tiendra-du-miracle (elle a dit). A-ton-âge, tu-devrais-quand-même-pourvoir-te-contrôler. En même temps, c’est pas ma faute à moi si mon cœur tape trop à l’intérieur. Et encore plus quand maman a beaucoup crié et qu’après, elle vient m'embrasser tout-mouillé sur la figure (pareil que si j’étais tout d’un coup la seule personne de sa vie). Elle a même de la chance que ça m'arrive pas plus souvent. De vomir.

Son tailleur noir à maman, il est pas beau toute façon. En plus, elle l'a mis pour l'enterrement du bébé. Moi, je dis quelle-idée. Mettre des habits de mort dans la vie quand la tristesse est en train de passer. Et puis si je vomis encore, maman me renverra dans ma chambre. Donc c’est pas grave, parce que c’est seulement là dans l'appartement que je me sens un peu bien. Vu qu’en plus de sentir le vieux livre, ma chambre sent un peu le chien. Aussi.

L’odeur de chien, elle vient de Bismuth. Et Bismuth, il vit avec papa. Donc c’est pareil, je le vois que le week-end. Mais quand il joue avec moi, il bave toujours sur mon t-shirt (Bismuth, pas papa). Du coup, quand je reviens à Paris, je le cache (le t-shirt, pas Bismuth) sous mon matelas ou derrière des livres sur mon étagère ou sous mes caleçons dans le tiroir de ma commode. Et je change souvent de cachette pour pas que maman le trouve vu qu’elle le jettera comme elle a déjà fait.

Maman comprend pas pourquoi je veux dormir avec l'odeur de Bismuth, tout pareil que s’il était là près de moi avec son museau contre mon bras. Mais Bismuth, quand il me fonce dessus, c’est pas pour me crier après ou pour me faire faire des x et des y. Bismuth, il m’aime. Donc forcément, je l’aime aussi. Même que, quand je sens son odeur et qu’il est pas là, mon cœur gonfle dans ma gorge tellement fort qu'il écrase tout dans ma tête, jusqu'à mes yeux qui se pressent pour sortir. Et alors, ça fait des larmes.

Tout le monde dit que le cœur est pas dans la gorge mais plus bas, au-dessus des boyaux et du sac-à-manger qui s’appelle l’estomac. Et il y a pas que le monde qui le dit. C’est aussi marqué dans le dictionnaire médical que le père-de-maman lit tout le temps pour savoir s’il a le cancer ou le cœur qui éclate ou la tête qui perd son cerveau. Donc c’est sûrement vrai.

L’ennuyant, c’est qu’il est abominable, le dictionnaire médical. C’est vrai que le mot abominable, je l’aime bien. Même que je l’ai recopié déjà dix fois dans mon carnet-à-mots. Mais quand je le dis tout doucement, du genre a-bo-mi-na-ble, je vois les boyaux qui sortent violets et troués et dégoulinants de partout. Pareil que sur les pages du dictionnaire. Du coup, je prends les pages par les tout petits coins, pour pas toucher les photos où il y a masses de croûtes, de pus, de furoncles, et d'autres trucs dégoûtants. En même temps, maman m’empêche pas de le lire comme pour les livres sur le sexe. Elle dit c’est-bien-tu-t’instruis. De-toute-manière, tu-dois-savoir-que-la-maladie-existe-ainsi-que-la-mort. Comme si je le savais pas déjà qu’il y a des gens qui tirent sur les autres, et des bombes qui explosent partout. En plus de ceux qui meurent sans prévenir. C’est pour ça que le dictionnaire médical, je le regarde surtout pour les mots bizarres ou marrants que je recopie dans mon carnet-à-mots.

Ça n’empêche que hier soir, avant d’aller me brosser mes dents, j'ai vu que le cœur était pas dans la gorge, mais à la moitié du chemin entre la tête et le zizi. Et là moi je dis, il-y-a-un-truc-pas-très-normal. Maman dit tout le temps que le plus important chez un être humain, c'est le cerveau. Mais alors, pourquoi le cœur est pas plus haut près de la tête pour lui envoyer tout son sang, plutôt que d’en envoyer des masses au zizi ? C'est vrai qu'en dessous plus bas, il y a les jambes. Pourtant, le sang, quand il arrive aux pieds, il s'en va pas. Donc il faut bien qu'il remonte. Et quand il remonte pour aller au cerveau, il est obligé de passer par le zizi.

Et ça me fait drôlement rigoler de savoir que même le-père-de-maman, il a du sang-de-zizi dans le cerveau…

L'équation du chat (Ed. Liana Levi, Le Cercle Points), Web mortem (Ed. Albin Michel), Noir Austral (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Touring club (It)), Requiem pour un poisson (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Effemme (It), Alpha books (China))