Requiem pour un poisson, Editions Liana Levi, janvier 2005, Folio policier, avril 2006

1938. un chalutier peine au large de l’Afrique du Sud. Ce qui semble être un gros requin se débat dans ses filets avec une rage inconcevable et déjà, la malédiction frappe. Le mousse, sur une secousse plus forte, bascule dans les mailles et se noie, broyé par le poids des énormes thons. Une peur ancestrale bouleverse l’équipage. Le poisson découvert sous le cadavre du jeune homme a des écailles préhistoriques, une mâchoire énorme et des nageoires comme des pattes. C’est un cœlacanthe. Une espèce que l’on croyait disparue et qui a survécu, depuis la nuit des temps, à toutes les évolutions. Il serait le chaînon manquant entre le monde de la mer et les premières formes de vie terrestre. Est-il vraiment l’ancêtre de l’homme ? Le secret des origines ? Quatre-vingt ans plus tard, aux Comores, en Cornouaille ou à Paris, accidents et disparitions émaillent la vie de ceux qui ont côtoyé le cœlacanthe. Marie, une jeune française qui ne souhaite pourtant que penser à son futur bébé, se retrouve à devoir élucider la mort de son père, un scientifique spécialiste du fameux poisson. Mais autour d’elle, le mystère s’épaissit. Quel prix va-t-elle devoir payer pour savoir ?

 

Extraits

Jan, 21 décembre 1938

(…) Ils se mirent à ramener le filet. C'était difficile. Epuisant. Avec le poids des proies, les mailles étaient presque aussi dangereuses qu’une scie. Il fallait s’accrocher. Soulever tous ensemble. Attraper un peu plus bas. Remonter. Et les secousses n’arrangeaient rien. Ils étaient sur le point d’avoir hissé le fardeau à moitié, lorsqu’un soubresaut plus fort qu’un autre les surprit. Ils lâchèrent leur prise. Tous. Sauf Amos. Le deuxième mousse. Qui essaya de rattraper l’irrattrapable et plongea sa main dans le filet. Trop loin. alors que le fardeau entier redescendait brutalement vers l’eau. Ses doigts furent happés entre les mailles et les poissons prisonniers à l’intérieur. Il hurla.

Le sang giclait. Il tenta de se dégager. Ses os avaient déjà été broyés, mais pas suffisamment pour le libérer. Il fut entraîné dans la chute du filet. Avant que Jan, qui manœuvrait le palan, ne puisse réagir, le mousse bascula dans la masse grouillante des merlus qui reprenaient contact avec l’océan. Et disparut.

Lorsqu’ils purent enfin ramener les prises complètement hors de l’eau, les verser sur le pont, ils retrouvèrent ce qui restait d’Amos. Les merlus agonisants l’avaient écrasé, broyant son visage, sa poitrine et toutes les parties tendres de ses membres en une pulpe immonde. Nettoyant déjà en partie le squelette de la chair qui y avait adhéré.

C’est alors que, sous le cadavre du mousse, un poisson énorme apparut.

Se débattant comme un forcené au milieu de congénères agonisants. Lui était encore bien en vie.

Et brusquement, ce fut comme s’il était seul sur le bateau.

Ce n’était certainement pas un phoque. Pas davantage un requin, ni un dauphin, ni une baleine. Son corps bleu brillait sous la lumière, immense. Insolent de masse et de résistance.

 

Le poisson, 20 décembre 1938

Sa révolte fut aussi énorme que soudaine. Pourquoi ? Tout ce passé pour en arriver là.

Lui, l’ostéichtyen, au squelette interne et au crâne partiellement osseux, dont le groupe se retrouvait sur l’une des branches parallèles à celles des requins et des raies… Lui, le crossoptérygien, dont le sous-groupe présentait des individus aux nageoires frangées et au crâne divisé en deux parties, comme celui des embryons. Et ce, depuis la nuit des temps.

Mais là, il sentait la vie lui échapper.

Quatre cents millions d’années auparavant, les siens s’étaient répandus dans toutes les eaux de la planète. Puis les ancêtres des lombrics s’étaient risqués hors de l’eau. Suivis de certains insectes, de certains crustacés. A cette époque, il était la seule créature à squelette.

Ce n’était plus le cas aujourd’hui. Et ceux qui l’assassinaient ne représentaient qu’une minuscule et récente branche de l’évolution. Alors, pourquoi ?

 

A propos d’André, 12 août 1997

La porte de la cuisine s’ouvrit à nouveau.

Quelqu’un poussa la glissière métallique de la petite fenêtre. Une main ouvrit le carreau, rinça et sécha la tasse et la machine à café et se posa, hésitante, sur le sac en papier, avec le pain au chocolat à l’intérieur. Le sac disparut dans une large poche beige. Rejoignant les cahiers qui gonflaient déjà le tissu. Restait uniquement, sur le bureau du docteur Darsan, celui qui, encore ouvert, portait ses dernières impressions.

Et ce jour-là, les seuls à entendre le bruit des talons du docteur Darsan, tressautant sans vie dans l’escalier en colimaçon, furent les moineaux qui nichaient juste à l’extérieur de la petite fenêtre.

Fallait pas m'embêter (suite de) Le jour où je serai orphelin (Librinova), Les usurpatrices(arrêt de publication), L'équation du chat (Ed. Liana Levi, Le Cercle Points), Web mortem (Ed. Albin Michel), Noir Austral (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Touring club (It)), Requiem pour un poisson (Ed. Liana Levi, Folio policier, De Geus (NL), Effemme (It), Alpha books (China))